Cette fille me plaît. J'aime cette image d'elle, assise dans l'embrasure de la portière de la toute dernière voiture de l'Orient-Express, tandis que le lac de Zurich défile devant elle. On pourrait être début novembre mille-neuf-cent-vingt-quatre. C'est une jeune fille de treize ans qui a poussé, maigre, encore un peu gauche, avec à la naissance du nez une ride coléreuse, petite mais déjà profonde. Son genou droit est replié, sa jambe gauche pend dans le vide au-dessus du marchepied. Appuyée contre le montant de la portière, elle se balance au rythme du train. Elle se protège du froid avec un plaid qu'elle presse contre sa poitrine. Elle fume de la main droite des cigarettes qui se consument vite dans le vent. Là d'où elle vient, il n'y a rien d'extraordinaire à ce que les enfants fument.