L'aspect de la ville présentait tous les caractères d'une grande agitation ; des groupes nombreux parcouraient les rues, et, quoi qu'en ait dit d'Artagnan, s'arrêtaient pour voir passer les militaires avec un air de raillerie menaçante qui indiquait que les bourgeois avaient momentanément déposé leur mansuétude ordinaire pour des intentions plus belliqueuses. Des coups de fusil pétillaient du côté de la rue Saint-Denis, et parfois tout à coup, sans que l'on sût pourquoi, quelque cloche se mettait à sonner, ébranlée par le caprice populaire. D'Artagnan suivait son chemin avec l'insouciance d'un homme sur lequel de pareilles niaiseries n'ont aucune influence. Quand un groupe tenait le milieu de la rue, il poussait son cheval sans lui dire gare, et comme si, rebelles ou non, ceux qui le composaient avaient su à quel homme ils avaient affaire, ils s'ouvraient et laissaient passer la patrouille.
Les trois mousquetaires avaient chacun un serviteur. Athos était de caractère discret, grave. Il parlait peu et semblait indifférent aux questions d'amour, bien que ses bonnes manières et son joli visage lui attiraient l'admiration des jolies femmes. Il habitait rue Férou, dans deux pièces, avec son valet nommé Grimaud qui, comme son maître, était sérieux et parlait peu. Le logement n'était pas grand, mais bien tenu et décoré sobrement d'objets qui semblaient de grande valeur, tels qu'une épée richement décorée, un tableau représentant un seigneur et un coffre serti de pierres précieuses dont la clé ne quittait jamais la chaîne suspendue au cou d'Athos. Tout cela témoignait que ce mousquetaire appartenait à une très noble famille, même s'il n'en parlait ni ne s'en vantait jamais.