Je t'écris parce que je suis triste et ennuyée sans en savoir la cause, parce que tu es la seule que je puisse impunément fatiguer de mon bavardage. Le temps est magnifique. Le soleil prend de la force, tout germe et se développe ; la sève, longtemps emprisonnée dans les rameaux, jaillit en feuillage d'un vert tendre ; l'air tiède pénètre le corps et lui donne une langueur mêlée de plaisir et de peine. Depuis quelques jours, il m'est impossible de rester en place ; je vais du jardin à la maison et de la maison au jardin ; je m'assieds avec un livre à la main, et bientôt mon livre tombe. Je respire l'odeur du jeune feuillage ; je m'enivre de l'air printanier qui caresse mes cheveux, et je tombe dans une rêverie profonde, dans une taciturne contemplation.