Les dictées issues des œuvres deAmélie Murat
4 dictéesTextes de Amélie Murat
Le 14 Juillet était pour nous un jour remarquable dont nous ne démêlions pas bien le sens ; quelques personnes de notre parenté (deux sœurs de mon père étaient devenues Françaises par leur mariage) quittaient Paris dès la veille, comme si elles abandonnaient la ville à une réjouissance immodeste et indigne de leur estime. Par contre, plusieurs de nos amis, nous le savions, se levaient de fort bonne heure et se dirigeaient vers les plaines de Longchamp avec une éclatante et sensible satisfaction. Le personnel de notre maison lâchait soudain tous les ustensiles du ménage et se précipitait aux fenêtres quand résonnait, dans le lointain, La Marseillaise, alors que les troupes, après la revue militaire passée à Longchamp, regagnaient les casernes de la capitale.
Velu, souple, onduleux ainsi qu'une chenille, quand tu viens, de façon résolue et gentille, m'aborder d'un seul bond au travers du chemin, que veux-tu, petit chat ? Qu'attends-tu de ma main ? Tes ancêtres les grands félins t'ont, je le crois, légué l'instinct premier de l'affût dans le bois, cependant qu'une mère aimable et domestique t'inspira de plus près quelque désir second d'un geste d'amitié. Le cœur d'un petit chat peut être, par moitié sauvage et confiant, irréductible et tendre. Tu sais ma paume vide et qu'il n'en faut attendre, fût-ce à l'heure des chauds fumets, aucun régal. Tu viens pourtant, d'un vif coup de tête amical, me rappeler ta prompte et légère présence.
Quand il avait croqué la part que réclamait son appétit, l'écureuil rangeait délicatement ses reliefs sur le menu rayonnage de son logis, montrant l'esprit de prévoyance d'un ministre du ravitaillement. Les tourterelles durent céder leur gentille échelle ; elles se débrouilleraient avec leurs pattes et leurs ailes, afin que l'écureuil pût exécuter une voltige savante. Le juge de paix du canton, grand chasseur devant l'Éternel (c'est en cette seule qualité qu'il fut requis), eut à se prononcer sur le sexe de notre pensionnaire, qu'il classa dans la gent femelle. Au bout d'une quinzaine, cette sémillante madame Écureuille, si je puis hasarder ce féminin, avait repris tout le charme d'une souple et vigoureuse jeunesse.
Le soir, à l'heure favorable où les colporteurs pliaient boutique, je revins auprès de la roulotte. Un marchandage habile me permit d'obtenir l'écureuil pour cinq francs. Nous l'installâmes dans le jardin, au bord de la rivière, en une vaste cage à perdreaux car si nous eussions aussitôt libéré ce captif déprimé par une longue servitude, il fût mort de peur ou de faim. Rencagé dans sa nouvelle demeure, il refusa les mets variés qu'on lui présentait. Mais le lendemain, reposé, joyeux, il se livrait au plus excentrique des fox-trots. Pomone, la paresseuse Pomone, qui s'étire rarement avant midi, lui accorda l'honneur d'une visite matinale. Je me fis des mains de mulâtresse à lui décortiquer des noix.