Quand elle cuisinait, la cuisine entière semblait galvanisée par l'ardeur qu'elle apportait à le faire ; les plats, les casseroles, les couteaux portaient des traces de sa violence, tout était violemment mis en place, défié, forcé à mijoter, à cuire, à bouillir. Elle épluchait les légumes comme un chasseur dépouille un animal de sa fourrure, comme s'il lui fallait arracher une peau à une chair résistante. Elle poignardait, assassinait les fruits, elle massacrait la laitue comme avec une machette. L'assaisonnement de la salade devenait de la lave chaude et on s'attendait à voir les feuilles se faner et se ratatiner sur le coup. Les tranches de pain tombaient sous le couteau comme des têtes sous la guillotine. Les bouteilles et les verres s'entrechoquaient rudement comme dans un jeu de massacre.