Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées. Mon paletot soudain devenait idéal, j'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal. Oh ! Là là ! Que d'amours splendides j'ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course des rimes, mon auberge était à la Grande-Ourse. Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou. Et je les écoutais, assis au bord des routes, les bons soirs de septembre où je sentais les gouttes de rosée à mon front, comme un vin de vigueur, où rimant au milieu des ombres fantastiques, comme des lyres, je tirais les élastiques de mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée. Je me suis armé contre la justice. Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié ! Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce. J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon dieu.