Les charniers s'accumulaient. C'était comme si toute l'humanité était dans une énergie d'autodestruction qui la dévorait, tuant sans distinction militaires et civils, hommes et femmes, enfants et vieillards. Pas un continent, pas une île, pas un pays n'arrivait à se tenir à l'écart de cette hystérie destructrice. Le monde était clairement partagé entre ceux qui se rangeaient derrière le drapeau des requins et ceux qui se rangeaient derrière le drapeau des aigles. Les savants-requins décuplaient leur inventivité pour arriver à fabriquer des armes de plus en plus meurtrières. Ils mirent au point des fusées remplies d'explosifs qui montaient haut dans le ciel, rejoignant les couches les plus élevées de l'atmosphère, pour retomber sur les villes des hommes-renards.
Edmond, c'était un personnage. Déjà tout jeune, ton oncle me causait bien du tracas. Être sa mère n'était pas une sinécure. Il cassait systématiquement tous ses jouets pour les démonter. Et s'il n'avait cassé que ses jouets ! Il décortiquait tout : horloge, tourne-disque, brosse à dents électrique. Une fois, il a même démonté le réfrigérateur. Et puis il avait une autre marotte : les tanières. Il mettait la maison sens dessus dessous pour se construire des abris. Il en avait construit un avec des couvertures et des parapluies au grenier, un autre avec des chaises et des manteaux de fourrure dans sa chambre. Il aimait comme ça rester niché là-dedans, au milieu des trésors qu'il entassait. Une fois j'ai regardé, c'était rempli de coussins et de tout un bric-à-brac de mécanismes qu'il avait arraché aux machines. Ç'avait d'ailleurs l'air assez douillet.
Lire est peut-être la capacité qui me manque le plus dans la vie. Comme j'aimerais déchiffrer tous ces petits caractères qui s'alignent sur les pages et qui forment des mots. Comme j'aimerais comprendre un de ces longs textes qui racontent des histoires. Et puis, une fois que je saurai parfaitement lire pourquoi ne pas aussi écrire ! Mais, pour l'instant, je suis encore loin d'avoir atteint ces deux objectifs, donc je préfère rester raisonnable et m'en tenir à mes aptitudes actuelles. C'est pourquoi, puisque je ne suis pas en mesure de rédiger le récit de mon extraordinaire aventure, je vais me contenter de vous la miauler comme ça, maintenant, à vous qui êtes en face de moi. De ce fait, vous ne serez pas mes lecteurs, mais mes auditeurs.
C'est le silence qui nous apprend à aimer la musique, c'est l'obscurité qui nous apprend à aimer les couleurs, c'est la guerre qui nous apprend à aimer la paix, c'est l'absence de rire qui nous apprend à comprendre l'humour.
Les plus silencieux s'avèrent souvent les meilleurs orateurs dès qu'on leur en donne l'occasion.
La fourmi tremblote des antennes. Elle est comme une voiture qu’on a longtemps laissée sous la neige et qu’on tente de faire redémarrer. Le mâle s'y reprend à plusieurs fois. Il la frictionne. La badigeonne de salive chaude. Ça y est, le moteur se remet en marche. Une saison est passée. Tout recommence comme si elle n'avait jamais connu cette « petite mort ». Il la frotte encore pour lui communiquer des calories. Elle est bien, maintenant. Alors qu'il continue à se démener, elle oriente ses antennes dans sa direction. Elle le titille. Elle veut savoir qui il est. Elle touche son premier segment en partant de son crâne et lit son âge : cent-soixante-treize jours. Sur le second, l'ouvrière aveugle repère sa caste : mâle reproducteur.