De toutes les routes de France, d'Europe, celle que je préfère est celle qui conduit en auto ou en auto-stop vers les rivages du Midi. Nationale 7, il faut la prendre qu'on aille à Rome, à Sète, que l'on soit deux, trois, quatre, cinq, six ou sept. C'est une route qui fait recette. Route des vacances qui traverse la Bourgogne et la Provence, qui fait de Paris un petit faubourg de Valence et la banlieue de Saint-Paul-de-Vence. Le ciel d'été remplit nos cœurs de sa lucidité, chasse les aigreurs et les acidités qui font le malheur des grandes cités toutes excitées. On chante, on fête, les oliviers sont bleus ma p'tite Lisette, l'amour joyeux est là qui fait risette, on est heureux Nationale 7.
Ah ! Rêver chaque fois qu'on se souvient encore. Et puis se réveiller aux senteurs de l'aurore dans un jardin piaillant de moineaux banlieusards avec le tendre bruit d'un train sur la colline et la Marne à mes pieds qui rêve et s'illumine. Est-ce vraiment le fruit d'un merveilleux hasard ? Qui donc a décidé l'enchaînement des choses, le charme évanescent de leurs métamorphoses, l'enchantement du verbe et le silence ému. La fin, le renouveau, le plaisant, le tragique, l'ange, la bête et l'homme en substance magique au sein de la nature et d'un monde inconnu ?