Autrefois, on ne s’ennuyait jamais. Il y avait toujours une ou deux guerres dans le pays et nous autres, les preux chevaliers, on se sentait alors le cœur à l’ouvrage. On tuait volontiers. Quelquefois, on capturait un ennemi de poids dont on tirait forte rançon. C’était jadis le bon temps de la guerre. Mais aujourd’hui, le royaume s’enlise dans la paix. Pour me dérider, il me reste néanmoins le défi des tournois. Un tournoi, c’est un concours qu’organise le seigneur, à la satisfaction de ses hommes de combat. Dans le champ devant son château, deux troupes de chevaliers s’affrontent. Nous autres, sur nos chevaux, on fait le signe de la croix, on se tient fort au harnais et on se fonce dessus. On se rentre dedans, on se cogne, on se bat. On a peur, on crie et on rit, au mépris du danger et de la mort. Quel plaisir !