Au son de la fanfare républicaine, la France a adopté toutes les normes économiques et sociétales de la mondialisation. D'alternance unique en déni de la démocratie (farce référendaire de deux-mille-cinq), la France est devenue une société américaine comme les autres, inégalitaire et multiculturelle. En quelques décennies, l'ordre mondialisé de la loi du marché s'est imposé. D'un modèle égalitaire, nous avons basculé en très peu de temps dans une société socialement inégalitaire et sous tensions identitaires. Ce basculement, désastreux pour les classes populaires, a provoqué un chaos social et culturel sans précédent. Un chaos couvert par le son de cette fanfare républicaine qui joue de plus en plus fort, mais aussi de plus en plus faux. Comme dans l'ensemble des pays développés, le nouvel ordre économique n'a cessé de creuser les fractures sociales, territoriales et culturelles.
L'impression est étrange. Les classes dominantes n'ont jamais autant concentré de pouvoirs, accumulé de richesses, verrouillé le narratif politico-médiatique et, dans le même temps, n'ont jamais paru aussi faibles, incompétentes et ridicules. De leur côté, les classes populaires, pourtant reléguées économiquement et culturellement, n'ont jamais autant inquiété. C'est dans cette « drôle de guerre » qu'a émergé à la fin du vingtième siècle une contestation qui ne ressemble à aucun des mouvements sociaux des siècles passés. Elle n'est conduite par aucun parti, aucun syndicat, aucun leader, mais par des gens ordinaires. Ses ressorts profonds, et c'est bien là sa spécificité, ne sont pas seulement matériels, mais surtout existentiels. Elle n'est pas animée par une conscience de classe, mais par le constat d'avoir été dépossédée de ses prérogatives, d'avoir peu à peu été mise au bord du monde.