Depuis mon adolescence, j'occulte cette histoire, gênée par le passé trouble de mes parents. « Fille de harkis ». Le dire, le taire, je ne sais plus quelle attitude adopter. Honte, révolte, injustice, colère, larmes, désir de crier, de cogner… Je suis une fille de harkis, j'en pleure et j'enrage parce que je n'ai pas choisi de l'être. Je traîne une rancœur contre mon père, contre mon pays d'origine, contre celui dans lequel je vis, et contre moi-même, d'éprouver tout cela. C'est ma fêlure intime, mon chagrin secret. Un jour humiliée, un autre révoltée, sûrement paumée, je me suis tue trop longtemps. Ballottée par l'Histoire, la vie de mes parents serait très romanesque si elle n'était si douloureuse.