En mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf, Martin avait tout juste dix ans et vivait à Londres avec son père. Il se souvenait de cette époque comme d'un temps heureux. Sur une photo, on le voyait d'ailleurs avec un large sourire en forme de promesse. Les derniers mois avaient pourtant été compliqués ; sa mère était repartie vivre à Paris. D'un commun accord, pour ne pas le couper de ses amis, pour ne pas ajouter une séparation à la séparation, il avait été décidé que le petit Martin resterait avec son père. Il retrouverait sa mère chaque weekend, et pendant les vacances. Si on vantait l'Eurostar pour le rapprochement franco-britannique, il facilitait aussi grandement la logistique des ruptures. À vrai dire, Martin ne fut pas affecté par ce changement. Comme à tous les enfants témoins de disputes, le spectacle permanent des reproches lui était devenu insupportable.