La situation dans laquelle se trouvent les sociétés industrialisées apparaît éminemment paradoxale : la productivité du travail a considérablement augmenté depuis un siècle, et particulièrement depuis les années mil-neuf-cent-cinquante ; nous sommes capables de produire toujours plus avec toujours moins de travail humain ; un desserrement de la contrainte qu'exerce sur nous le travail apparaît enfin possible, mais un long cortège de lamentations accompagne cette évolution. C'est à qui trouvera la solution miracle pour augmenter le nombre d'emplois « rentables », et c'est l'ensemble de la société qui attend, de ces objurgations diverses, toujours plus de travail. Les politiques économiques et sociales elles-mêmes ont largement visé, depuis vingt ans (depuis le ralentissement du rythme de croissance), à sauver l'emploi : stratégies macroéconomiques visant à relancer la croissance, aides diverses aux entreprises, exonérations de cotisations sociales, renforcement des institutions chargées de « fluidifier » le marché du travail, effort consacré à améliorer la formation des personnes…