Elle se tétanisa, horrifiée, en voyant apparaître un curieux tube sanguinolent de la taille d’une durite de voiture. Elle avait suffisamment travaillé dans la boucherie de son mari pour comprendre de quoi il s’agissait. Elle jeta l’horrible chose loin d’elle en poussant un cri de dégoût. Le chien en profita pour s’en emparer et s’enfuir triomphalement après avoir arraché sa laisse une nouvelle fois. Iris ne prêta même pas attention à son manège. Les tempes bourdonnantes, elle sentit monter en elle une bouffée de chaleur tandis que des taches noires papillonnaient devant ses yeux. La rumeur qui lui vrillait le crâne atteignit son paroxysme et c’est tout juste si elle eut le temps de voir le petit groupe de la tombe voisine se précipiter vers elle avant de s’évanouir.
Iris s’immobilisa au pied de la tombe et prit le temps d’admirer la baie de Biscayne, avec ses myriades de voiles blanches et ses couleurs tropicales. Le cimetière lui-même était une oasis de paix, particulièrement en cette heure matinale. Même au mois de mars, au plus fort de la saison touristique, Iris pouvait s’y recueillir tranquillement. Le petit vase de fleurs artificielles posé au pied de la stèle était de travers, sans doute à cause de la tempête tropicale qui avait sévi l’avant-veille. Elle s’agenouilla péniblement, le redressa et sortit de son sac un mouchoir à l’aide duquel elle nettoya les fleurs. Au même moment, son pékinois tira de plus belle sur sa laisse.