J'étais en tête d'un long cortège de parents, d'amis, de connaissances. Mes deux sœurs se serraient à mes côtés. J'en soutenais une par un bras car je craignais qu'elle ne s'évanouît. L'autre s'accrochait à moi comme si ses yeux trop gonflés l'eussent empêchée de voir. Cette déliquescence involontaire de mon corps m'effraya comme la menace d'une punition. Je n'avais pas réussi à verser une larme : elles ne m'étaient pas venues ou bien peut-être n'avais-je pas voulu qu'elles me viennent. En outre, j'avais été la seule à dire un mot de justification pour mon père, qui n'avait pas envoyé de fleurs et n'était pas venu à l'enterrement. Mes sœurs ne m'avaient pas caché leur désapprobation et maintenant elles semblaient s'appliquer à démontrer publiquement qu'elles avaient assez de larmes pour pleurer même celles que ni moi ni mon père n'étions en train de verser.