Le front est une cage dans laquelle il faut attendre nerveusement les événements. Sur nous plane le hasard. Lorsqu'un projectile arrive, je puis me baisser, et c'est tout ; je ne puis ni savoir exactement où il va tomber, ni influencer son point de chute. C'est ce hasard qui nous rend indifférents. Il y a quelques mois, j'étais assis dans un abri et je jouais aux cartes ; au bout d'un instant, je me lève et je vais voir des connaissances dans un autre abri. Lorsque je revins, il ne restait plus une miette du premier ; il avait été écrabouillé par une marmite. Je retournai vers le second abri, il venait d'être détruit à son tour. C'est par hasard que je reste en vie, comme c'est par hasard que je puis être touché. Ce n'est que parmi les hasards que chaque soldat survit.