À la campagne, le paysage n'est pas un tableau ou un fond d'écran. Il est parlant. Il crie : « Au travail ! » Sécateur à la main et bottes aux pieds. De retour du jardin, le corps s'alourdit, l'esprit s'enlise. Les doigts gourds et rugueux, parfois meurtris d'ampoules ou de griffures, ne sont guère aptes à taper de longues phrases. Le clavier paraît soudain trop fin, trop délicat. Le choix des mots devient soudain dérisoire. Après quelques semaines de cette vie on se réveille impatient d'aller caresser l'herbe du matin, juteuse de rosée ; on se couche le corps lourd, accablé d'avoir bêché, sarclé, brouetté. On perd insensiblement toute autre ambition que de désherber les framboisiers. On n'écoute plus d'autres infos que la météo. Et les seules mondanités qu'on s'autorise, c'est avec les hirondelles qui ont fait leur nid dans la vieille grange.