Les dictées issues des œuvres deGeorges Perec
2 dictéesTextes de Georges Perec
Il suffoquait. Nul jalon, nul timon, nul fanal, mais vingt combinaisons dont il n'arrivait pas à sortir, quoiqu'il sût, à tout instant, qu'il côtoyait la solution, qu'il la frôlait : ça approchait parfois, ça palpitait : il allait savoir (il savait, il avait toujours su, car tout avait l'air si banal, si normal, si commun) mais tout s'obscurcissait, tout disparaissait : il n'y avait plus qu'un chuchotis furtif, un charabia sibyllin, un galimatias diffus. Un faux jour. Un imbroglio. Il n'arrivait plus à dormir.
Ça commença comme ça : certaines calomnies circulaient concernant cinq conseillers civils coloniaux : contrats commerciaux complaisamment conclus, collaborateurs congédiés, comptabilités complexes camouflant certaines corruptions crapuleuses, chantages comminatoires, concussions classiques… Croyant combattre ces charges confuses, cinquante commissaires-chefs comiquement conformes (cheveux châtain clair coupés court, costume croisé, chemise couleur chair, cravate café crème, chaussures cloutées convenablement cirées) contactèrent certain colonel congolais causant couramment cubain. « Cherchez chez Célestin, cinq cours Clémenceau », chuchota ce centenaire cacochyme constamment convalescent, « car ce célèbre café-concert contrôle clandestinement ces combines criminelles ». Cinq commissaires chevronnés coururent courageusement cours Clémenceau. Cependant, coïncidence curieuse, cinq catcheurs corpulents, cachés chez Célestin, complotaient contre cette civilisation capitaliste complètement corrompue. Ces citoyens comptaient canarder certain chef couronné considéré comme coupable. Commissaires certifiés contre champions casse-cou : choc colossal ! Ça castagna copieusement. Conclusion : cinquante clients contusionnés, cinq cardiaques commotionnés, cinq cadavres ! Ce chassé-croisé cauchemardesque chagrina chacun.
Dictées gratuites de Georges Perec
139 mots
Source : Lectures