❤️ Nous avons besoin de votre aide : l'accès au site est (et restera) gratuit et sans publicité, soutenez-nous en devenant un bienfaiteur
Retour

Les dictées issues des œuvres deGuy de Maupassant

18 dictées
Textes de Guy de Maupassant

Sur la scène, trois jeunes hommes en maillot collant, un grand, un moyen, un petit, faisaient, tour à tour, des exercices sur un trapèze. Le grand s'avançait d'abord, à pas courts et rapides, en souriant, et saluait avec un mouvement de la main comme pour envoyer un baiser. On voyait, sous le maillot, se dessiner les muscles des bras et des jambes ; il gonflait sa poitrine pour dissimuler son estomac trop saillant ; et sa figure semblait celle d'un garçon coiffeur, car une raie soignée ouvrait sa chevelure en deux parties égales, juste au milieu du crâne. Il atteignait le trapèze d'un bond gracieux, et pendu par les mains tournait autour comme une roue lancée ; ou bien, les bras raides, le corps droit, il se tenait immobile, couché horizontalement dans le vide, attaché seulement à la barre fixe par la force des poignets.

C'était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par une erreur du destin, dans une famille d'employés. Elle n'avait pas de dot, pas d'espérances, aucun moyen d'être connue, comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué ; et elle se laissa marier avec un petit commis du ministère de l'Instruction publique. Elle fut simple, ne pouvant être parée, mais malheureuse comme une déclassée ; car les femmes n'ont point de caste ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servant de naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct d'élégance, leur souplesse d'esprit sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames.

Un lourd soleil tombait d'aplomb sur le lavoir ; les canards engourdis s'endormaient dans la vase, et l'air brûlait si fort qu'on s'attendait à voir les arbres s'enflammer du sommet à la base…

Le jour s'était levé, un jour clair et bleu ; le soleil apparaissait au fond de la vallée et nous songions à repartir, quand deux oiseaux, le col droit et les ailes tendues, glissèrent brusquement sur nos têtes.

Les deux femmes habitaient une petite maison aux volets verts, le long d'une route, en Normandie, au centre du pays de Caux. Comme elles possédaient, devant l'habitation, un étroit jardin, elles cultivaient quelques légumes. Or, une nuit, on lui vola une douzaine de betteraves. Dès que Rose s'aperçut du larcin, elle courut prévenir madame, qui descendit en jupe de laine. Ce fut une désolation et une terreur. On avait volé, volé Mme Lefèvre ! Les deux femmes effarées contemplaient les traces de pas, bavardaient, supposaient des choses : « Tenez, ils ont mis leurs pieds sur le mur ; ils ont sauté dans la plate-bande ». Et elles s'épouvantaient pour l'avenir. Comment dormir sereinement maintenant !

Les chasseurs s'espacèrent, Hautot père tenant la droite, Hautot fils tenant la gauche, et les deux invités au milieu. Le garde et les porteurs des carniers suivaient. C'était l'instant solennel où on attend le premier coup de fusil, où le cœur bat un peu, tandis que le doigt nerveux tâte à tout instant les gâchettes. Soudain, il partit, ce coup ! Hautot père avait tiré. Tous s'arrêtèrent et virent une perdrix, se détachant d'une compagnie qui fuyait à tire-d'aile, tomber dans un ravin sous une broussaille épaisse. Le chasseur excité se mit à courir, enjambant, arrachant les ronces qui le retenaient, et il disparut à son tour dans le fourré, à la recherche de sa pièce. Presque aussitôt, un second coup de feu retentit.

Nous entrons dans la galerie des laminoirs. C'est un spectacle plus étrange encore. Des serpents rouges courent par terre, les uns minces comme des ficelles, les autres gros comme des câbles. On dirait ici des vers de terre démesurés, et là-bas des boas effroyables. Car ici on fait des fils de fer et là-bas les rails pour les trains. Des hommes, les yeux couverts d'une toile métallique, les mains, les bras et les jambes enveloppés de cuir, jettent dans la bouche des machines l'éternel morceau de fer ardent. La machine le saisit, le tire, l'allonge, le tire encore, le rejette, le reprend, l'amincit toujours. Lui, le fer, il se tortille comme un reptile blessé, semble lutter, mais cède, s'allonge encore, s'allonge toujours, toujours repris et toujours rejeté par la mâchoire d'acier.

Dans cet apaisement du soleil absent, toutes les senteurs de la terre se répandaient. Un jasmin grimpé autour des fenêtres d’en bas exhalait continuellement son haleine pénétrante qui se mêlait à l’odeur plus légère des feuilles naissantes. De lentes rafales passaient apportant les saveurs fortes de l’air salin et de la sueur visqueuse des varechs. La jeune fille s’abandonna d’abord au bonheur de respirer ; et le repos de la campagne la calma comme un bain frais. Toutes les bêtes qui s’éveillent quand vient le soir, et cachent leur existence obscure dans la tranquillité des nuits, emplissaient les demi-ténèbres d’une agitation silencieuse. De grands oiseaux qui ne criaient point fuyaient dans l’air comme des taches, comme des ombres ; des bourdonnements d’insectes invisibles effleuraient l’oreille ; des courses muettes traversaient l’herbe pleine de rosée ou le sable des chemins déserts.

Vers le milieu de l'hiver de cette année mille-sept-cent-soixante-quatre, les froids furent excessifs et les loups devinrent féroces. Ils attaquaient même les paysans attardés, rôdaient la nuit autour des maisons, hurlaient du coucher du soleil à son lever et dépeuplaient les étables. Et bientôt une rumeur circula. On parlait d'un loup colossal, au pelage gris, presque blanc, qui avait mangé deux enfants, dévoré le bras d'une femme, étranglé tous les chiens de garde du pays et qui pénétrait sans peur dans les enclos pour venir flairer sous les portes. Tous les habitants affirmaient avoir senti son souffle qui faisait vaciller la flamme des lumières.

Tout le jour il parlait de son aventure, il la contait sur les routes aux gens qui passaient, au cabaret aux gens qui buvaient, à la sortie de l’église le dimanche suivant. Il arrêtait des inconnus pour la leur dire. Maintenant il était tranquille, et pourtant quelque chose le gênait sans qu’il sût au juste ce que c’était. On avait l’air de plaisanter en l’écoutant. On ne paraissait pas convaincu. Il lui semblait sentir des propos derrière son dos. Il aborda un fermier de Criquetot, qui ne le laissa pas achever et, lui jetant une tape dans le creux de son ventre, lui cria par la figure : « Gros malin, va ». Puis lui tourna les talons.

Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d’une colline, proches d’une petite ville. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir. Les deux aînés avaient six ans et les deux cadets quinze mois environ ; les mariages et, ensuite les naissances, s’étaient produites à peu près simultanément dans l’une et l’autre maison. Les deux mères distinguaient à peine leurs produits dans le tas ; et les deux pères confondaient tout à fait. Les huit noms dansaient dans leur tête, se mêlaient sans cesse ; et, quand il fallait en appeler un, les hommes souvent en criaient trois avant d’arriver au véritable.

On l'appelait Saint-Antoine, parce qu'il se nommait Antoine, et aussi peut-être parce qu'il était bon vivant, joyeux, farceur, puissant mangeur et fort buveur, et vigoureux trousseur de servantes, bien qu'il eût plus de soixante ans. C'était un grand paysan, haut en couleur, gros de poitrine et de ventre, et perché sur de longues jambes qui semblaient trop maigres pour l'ampleur du corps. Veuf, il vivait seul avec sa bonne et ses deux valets dans sa ferme qu'il dirigeait en madré compère, soigneux de ses intérêts, entendu dans les affaires et dans l'élevage du bétail, et dans la culture de ses terres. Ses deux fils et ses trois filles mariés avec avantage, vivaient aux environs, et venaient, une fois par mois, dîner avec le père. Sa vigueur était célèbre dans tout le pays d'alentour ; on disait en manière de proverbe : « Il est fort comme Saint-Antoine ».

À huit heures on mangeait encore. Les hommes déboutonnés, en bras de chemise, la face rougie, engloutissaient comme des gouffres. Le cidre jaune luisait, joyeux, clair et doré, dans les grands verres, à côté du vin coloré, du vin sombre, couleur de sang. Entre chaque plat on faisait un trou, le trou normand, avec un verre d’eau-de-vie qui jetait du feu dans les corps et de la folie dans les têtes. De temps en temps, un convive plein comme une barrique, sortait jusqu’aux arbres prochains, se soulageait, puis rentrait avec une faim nouvelle. Les fermières, écarlates, oppressées, les corsages tendus comme des ballons, coupées en deux par le corset, gonflées du haut et du bas, restaient à table par pudeur. Mais une d’elles, plus gênée, étant sortie, toutes alors se levèrent à la suite. Elles revenaient plus joyeuses, prêtes à rire. Et les lourdes plaisanteries commencèrent.

Tout à coup, la fenêtre étant restée entr’ouverte, un coq, perché dans un arbre voisin, chanta. Alors brusquement, surpris par ce cri sonore, le baron ouvrit les yeux. Sentant contre lui un corps de femme, se trouvant dans un lit qu’il ne reconnaissait pas, surpris et ne se souvenant plus de rien, il balbutia, dans l’effarement du réveil. Alors elle, qui n’avait point dormi, regardant cet homme dépeigné, aux yeux rouges, à la lèvre épaisse, répondit, du ton hautain dont elle parlait à son mari : « Ce n’est rien, c’est un coq qui chante ». Et ajouta : « Rendormez-vous monsieur, cela ne vous regarde pas ».

Les grands malheurs ne m’attristent guère. J’ai vu la guerre de bien près : j’enjambais les corps sans apitoiement. Les fortes brutalités de la nature ou des hommes peuvent nous faire pousser des cris d’horreur ou d’indignation, mais ne nous donnent point ce pincement au cœur, ce frisson qui vous passe dans le dos à la vue de certaines petites choses navrantes. La plus violente douleur qu’on puisse éprouver, certes, est la perte d’un enfant pour une mère, et la perte de la mère pour un homme. Cela est violent, terrible, cela bouleverse et déchire ; mais on guérit de ces catastrophes comme des larges blessures saignantes. Or, certaines rencontres, certaines choses entr'aperçues, devinées, certains chagrins secrets, certaines perfidies du sort, qui remuent en nous tout un monde douloureux de pensées, nous laissent à l’âme comme une traînée de tristesse, un goût d’amertume, une sensation de désenchantement dont nous mettons longtemps à nous débarrasser.

Walter Schnaffs s’assit devant une assiette restée intacte, et il se mit à manger. Il mangeait par grandes bouchées comme s’il eût craint d’être interrompu trop tôt, de n’en pouvoir engloutir assez. Il jetait avec ses deux mains les morceaux dans sa bouche ouverte comme une trappe ; et des paquets de nourriture lui descendaient coup sur coup dans l’estomac, gonflant sa gorge en passant. Parfois il s’interrompait, prêt à crever à la façon d’un tuyau trop plein. Il prenait alors la cruche au cidre et se déblayait l’œsophage comme on lave un conduit bouché.

Je m’aperçus bientôt que je n’étais pas seul à fréquenter ce lieu dès l’ouverture des barrières, et je rencontrais parfois, nez à nez, au coin d’un massif, un étrange petit vieillard. Il portait des souliers à boucles d’argent, une culotte à pont, une redingote tabac d’Espagne, une dentelle en guise de cravate et un invraisemblable chapeau gris à grands bords et à grands poils, qui faisait penser au déluge. Il était maigre, fort maigre, anguleux, grimaçant et souriant. Ses yeux vifs palpitaient, s’agitaient sous un mouvement continu des paupières ; et il avait toujours à la main une superbe canne à pommeau d’or qui devait être pour lui un souvenir magnifique. Ce bonhomme m’étonna d’abord, puis m’intéressa outre mesure. Et je le guettais à travers les murs de feuilles, je le suivais de loin, m’arrêtant au détour des bosquets pour n’être point vu.

Un soir, après une longue course, j’aperçus, comme je revenais à grands pas afin de ne pas me mettre en retard, un chien qui galopait vers moi. C’était une sorte d’épagneul rouge, fort maigre, avec de longues oreilles frisées. Quand il fut à dix pas, il s’arrêta. Et j’en fis autant. Alors il se mit à agiter sa queue et il s’approcha à petits pas avec des mouvements craintifs de tout le corps, en fléchissant sur ses pattes comme pour m’implorer et en remuant doucement la tête. J’allai vers lui, il se sauva, puis revint et je mis un genou par terre en lui débitant des douceurs afin de l’attirer. Il se trouva enfin à portée de ma main et, tout doucement, je le caressai avec des précautions infinies.

Dictées gratuites de Guy de Maupassant
Le trapéziste
Le trapéziste
Le trapéziste
Source : Bel-Ami
Fille du peuple
Fille du peuple
Fille du peuple
Source : La parure
Torpeur
Torpeur
Torpeur
Source : Au bord de l'eau
La chasse aux canards
La chasse aux canards
La chasse aux canards
Source : Amour
Les deux femmes et le voleur
Les deux femmes et le voleur
Les deux femmes et le voleur
Source : Les Contes de la bécasse
Hautot à la chasse
Hautot à la chasse
Hautot à la chasse
Source : La main gauche
Les ouvriers du Creusot
Les ouvriers du Creusot
Les ouvriers du Creusot
Source : Œuvres complètes
Nuit champêtre
Nuit champêtre
Nuit champêtre
Source : Une vie
Le loup 🐺
Le loup 🐺
Le loup 🐺
Source : Clair de lune
Gros malin
Gros malin
Gros malin
Source : La Ficelle
Les deux maisons
Les deux maisons
Les deux maisons
Source : Les Contes de la bécasse
Fort comme Saint-Antoine
Fort comme Saint-Antoine
Fort comme Saint-Antoine
Source : Les Contes de la bécasse
Farce normande
Farce normande
Farce normande
Source : Les Contes de la bécasse
Le coq 🐔
Le coq 🐔
Le coq 🐔
Source : Les Contes de la bécasse
Les grands malheurs
Les grands malheurs
Les grands malheurs
Source : Les Contes de la bécasse
La faim
La faim
La faim
Source : Les Contes de la bécasse
Un petit vieillard
Un petit vieillard
Un petit vieillard
Source : Les Contes de la bécasse
La rencontre
La rencontre
La rencontre
Source : Le père Milon
🚀 Pour aller plus loin
❤️
Bienfaiteur

Soutenez-nous en devenant
un bienfaiteur

📝
Créateur

Créez des dictées et jeux de mots

🎓
Éducation

Un outil pédagogique
dédié à l'enseignement