On disait volontiers, dans les milieux du commerce de l'automobile, que monsieur Yves Petitberthier était un « seigneur de la Renaissance ». Et on déplorait, en sourdine, que moi, son fils, Jérôme Petitberthier, je n'eusse ni son envergure, ni sa compétence, ni son entregent. Propriétaire de plusieurs garages groupés, mon père m'a laissé assumer, par bienveillance, tout ce qui concernait la promotion de l'entreprise, a gardé la haute main sur la partie administrative et commerciale et s'est déchargé des questions techniques sur des ingénieurs et des chefs d'atelier hors pair. Entretien, réparations mécaniques, tôlerie, carrosserie, peinture, la maison s'occupe maintenant de tout et à la tête de cette affaire qui marche toute seule, mon père mène une existence de sybarite. De son aveu même, il a tiré le bon numéro à la loterie. La disparition de ma mère, qu'il a prétendu aimer certes, mais avec qui, pour autant que j'aie pu m'en rendre compte, il s'est toujours comporté en mufle radieux, n'a pas entamé son optimisme.