Avec nos bidons en fer-blanc on descendait chercher le lait à la ferme au soleil couchant dans l'odeur des soirs de juillet. On avait l'âge des confitures, des billes et des îles au trésor et on allait cueillir les mûres en bas, dans la ruelle des morts. On nous disait que Barberousse avait ici sa garnison et que dans ce coin de cambrousse, il avait vaincu des dragons. On avait l'âge de nos fêlures et on était conquistadors ; on déterrait casques et fémurs en bas, dans la ruelle des morts. On arrosait toutes nos victoires à grands coups de verres de kéfir, ivres de joie et, sans le savoir, on reprenait Mers el-Kébir.