Il est des guerres qui continuent de sévir longtemps après leur cessation. Elles s'achèvent en laissant derrière elles des champs de mines dans le pays profond, des bombes à retardement dans les replis de la société et des montagnes de ressentiments dans les cœurs. La souffrance enfle à mesure que le temps passe et que le silence s'appesantit. Difficile de le croire, mais la paix est parfois pire que la guerre. Ainsi en est-il de la guerre d'Algérie. La paix, signée en mars mille-neuf-cent-soixante-deux après sept longues années de guerre et de terrorisme, a aussitôt ouvert sur une autre guerre, sous d'autres formes, guerre des mots, guerre des mémoires, guerre des religions, guerre économique, guerre secrète. L'amitié se fait furtive dans cette foire d'empoigne. Un demi-siècle après, le marasme est plus profond que jamais. On cherchera longtemps les raisons de la spécificité algérienne.