Je suis partie sans peine et sans mélancolie, j'allais vite oublier… Du moins je l'espérais, mais le regret surgit qui déchire ma vie. Je pense encore à toi, mon jardin que j'aimais. Le pré se couvre-t-il de verdure nouvelle ? Et l'air embaume-t-il du parfum des lilas ? L'azur se remplit-il du vol des hirondelles ? Le matin est-il doux ? Je ne le saurai pas. Car malgré cette envie remuant mes entrailles, je ne reviendrai plus. J'ai peur, tellement peur, au lieu des jolies fleurs, de trouver des broussailles, au lieu de la rosée, des larmes ou des pleurs, au lieu des chants d'oiseaux, un funeste silence, au lieu du beau printemps, une morte saison, au lieu de flâneries, une cruelle errance, au lieu de souvenirs, un rêve à l'abandon.
Au temps de la Toussaint, lorsque les cimetières s'ornent de cyclamens, de buis ou de bruyères, et qu'ainsi embellis d'éphémères bouquets, ils donnent à la mort comme un air de gaieté ; lorsque auprès des caveaux, des tombes familiales, joliment imprégnés de clartés automnales, l'on revient, chaque année, prier, se recueillir… Je sens de grands remords m'étreindre et m'envahir. Quelque part tu attends, en un lieu insolite, esseulée, loin des tiens, sans jamais de visite. Et pour le Souvenir, toi qui aimais les fleurs, vois-tu je n'ai rien d'autre à t'offrir que mes pleurs.