Les quelques compagnons de jeu qui me furent donnés, je finissais par les dominer, en dépit de ma faible taille, de ma bizarrerie, de mon insupportable ambiguïté ; sans jamais vraiment bien savoir comment cela avait pu se produire ; j'étais capable de les dominer, c'était tout, et j'y étais par conséquent condamné. Je sais qu'en grandissant mon caractère est devenu tyrannique. Je n'avais pas le choix. C'était une question de vie ou de mort. Quel que fût celui qui cédait, il ne fallait jamais que ce fût moi, et il me semble que j'ai bien clairement établi ce principe, dès mon entrée en ce bas monde. S'enfuir, c'était tourner le dos à des lions. En m'enfuyant, je m'exposais à toutes les conséquences d'une fuite qui me précipiterait à la ruine ; et de toute manière, où aurais-je pu aller ?