Je m'éveille lentement d'un sommeil interminable, comme si le temps lui-même prenait son temps. Je ne dormais pas. J'étais éveillée, mais indolente et pesante, comme emprisonnée dans un temps ralenti, comme si une atmosphère épaisse pénétrait mon esprit et l'engourdissait, comme si les odeurs elles-mêmes étaient lourdes et lentes. Comment décrire précisément la brume ? Je voyais, je sentais, je pensais lentement. Aujourd'hui, je ne suis pas plus rapide, mais mon intelligence l'est devenue. Je suis toujours aussi lourde, mais mes pensées sont vives et tranchantes. Ce qui était flou m'apparaît avec une netteté surprenante, admirable. J'ai pris conscience de ce qui m'entoure et de qui je suis. Je suis la matriarche d'un groupe encore embrumé que je vais bientôt éveiller. Je suis leur mère, leur protectrice, calme et lente, et puissante.
Les chats du quartier du parc se sont récemment distingués par leurs miaulements frénétiques, particulièrement abondants et très gênants pour le voisinage. Les chiens, pourtant moins imprévisibles, semblent maintenant s'associer à ce dérèglement de la gent animale. Ils n'aboient ni ne miaulent, mais sont de plus en plus nombreux à errer dans les rues. S'ils n'ont pas encore produit d'accident, on peut légitimement craindre que parmi eux se trouvent quelques chiens dangereux, susceptibles de mordre les enfants et les personnes âgées ! Qu'attend donc la mairie pour régler le problème ?