S'il n'est pas aisé de comprendre comment une nation fabrique ses héros et ses mythes collectifs, il est encore plus délicat de saisir pourquoi elle se refuse à d'autres. Dans le « stock » de héros possibles du vingtième siècle, la mémoire nationale aurait pu retenir les Français libres. Elle a préféré s'attacher aux « poilus » de la Grande Guerre et aux FFI du maquis, ceux qui, accrochés au sol natal, l'ont défendu au péril de leur vie. Si les Français libres ne trouvent pas leur place dans la mémoire nationale, c'est certainement parce que, dans un pays dominé depuis des siècles par la référence au sol et à la frontière, ils ont eu le tort de partir, leur combat était trop « extérieur ». Pour l'homme de la rue du début du vingt-et-unième siècle, « l'armée de l'ombre » a définitivement supplanté « l'armée de Londres ».