Les dictées issues des œuvres deJean Giono
2 dictéesTextes de Jean Giono
Ici point de cariatides ni de vieux écussons, mais le crépi comme seul peut le faire un bon maçon piémontais. La chaux est dosée de telle façon qu'elle boit la lumière. Sous certains angles les façades apparaissent irisées comme de la nacre. La peinture des volets est d'une justesse de ton qui dénote un sens très sûr et subtil de la couleur et des rapports. Il y a des verts dégradés sur des roses très fins que le soleil fait éclater dans le mélange de chaux et de sable, des bleus frottés posés sur des blancs gris et cent exemples de cette harmonie de bruns, d'ocres légers, de pourpre éteinte qui est dans Giotto. C'est un quartier populaire très aristocratique. Il y a peu de mouvement dans ces artères démesurées : une grosse femme qui revient du marché, quelques gosses qui jouent.
De temps en temps, je m’arrête, je tourne la tête et je regarde vers le bas de la rue où Paris s’entasse : des foyers éclatants et des taches de ténèbres piquetées de points d’or. Des flammes blanches ou rouges flambent d’en bas comme d’une vallée nocturne où s’est arrêtée la caravane des nomades. Et le bruit : bruit de fleuve ou de foule. Mais les flammes sont fausses et froides comme celles de l’enfer. En bas, dans un de ces parages sombres est ma rue du Dragon, mon hôtel du Dragon. Quel ordre sournois, le soir déjà lointain de ma première arrivée, m’a fait mystérieusement choisir cette rue, cet hôtel au nom dévorant et enflammé ? Il me serait facile, d’ici, d’imaginer le monstre aux écailles de feu.
Dictées gratuites de Jean Giono
Source : Les Vraies Richesses / Dictée du brevet 2017 - Filière générale