Je n'en peux mais. En dépit que j'en aie, quoique je sois obstinément tournée vers l'avenir et ses promesses, je ne peux m'empêcher de déambuler dans les méandres du passé et d'en exhumer à l'envi la moindre subreptice réminiscence de ces moments fugaces qui pourtant m'ont façonnée et construite. D'aucuns se gaussent de cette mélancolie permanente qui me ramène vers les rivages de terres dont je m'étais intentionnellement tenue éloignée. Mais que font-ils tous ces zélotes de l'oubli de cette mer de souvenirs qu'ils se sont interdit de ressusciter ? La mémoire qu'ils se sont constituée, et ce, quels que soient leur mâle volonté et leurs espoirs primesautiers, semble une infime île aride rescapée d'un archipel englouti, qui, telle la cargaison sans arrime d'un esquif à la dérive, n'a point d'autre horizon qu'un incessant et épuisant ballottement.