Quand je suis arrivée à Séoul, il m'a semblé atteindre un nouveau monde. Les quartiers sont entourés de larges avenues sur lesquelles roule une mer d'autos et d'autobus, partant dans toutes les directions. Sur les trottoirs la foule est si compacte que j'ai dû apprendre à marcher sans cogner les gens qui viennent en sens inverse, ce qui veut dire, étant donné mon gabarit (je mesure un mètre cinquante-six et je pèse quarante-trois kilos), que je devais faire des bonds pour les esquiver et parfois descendre du trottoir. Au début, j'ai accompagné ma tante dans ses courses, et ma cousine. Elles avaient une assurance qui m'impressionnait. Elles ne descendaient jamais du trottoir, mais, au contraire, se serraient l'une contre l'autre pour faire bloc et avançaient sans regarder sur les côtés. C'était la technique du char d'assaut ! Moi je restais prudemment en arrière.
Il n’y avait rien d’autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s’il n’y avait personne sur les dunes. Ils marchaient depuis la première aube, sans s’arrêter, la fatigue et la soif les enveloppaient comme une gangue. La sécheresse avait durci leurs lèvres et leur langue. La faim les rongeait. Ils n’auraient pas pu parler. Ils étaient devenus, depuis si longtemps, muets comme le désert, pleins de lumière quand le soleil brûle au centre du ciel vide.