Ignatius se sentit aussi seul qu'il l'avait été lors de cette sombre journée, au lycée, quand il avait raté une expérience pendant un cours de chimie et reproduit une forte explosion qui lui avait brûlé les sourcils et l'avait complètement terrorisé. Il en avait mouillé son pantalon et tout le monde, y compris le prof, le haïssait cordialement depuis qu'il avait obtenu plusieurs explosions similaires dans le passé.Il n'existait plus. Tout le reste de la journée, il avait traîné sa misère et l'inconfort de ses vêtements trempés. Les professeurs et les élèves avaient fait comme s'il était invisible. Il se mit alors, au milieu du salon, à s'escrimer avec son sabre contre un adversaire imaginaire, afin de se donner une contenance.
Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d’une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l’intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d’autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s’avançaient sous la moustache noire et broussailleuse et, à leur commissure, s’enfonçaient, pleines de désapprobation et de miettes de chips. À l’ombre de la visière verte, les yeux dédaigneux d’Ignatius dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin, scrutant la foule à la recherche des signes de son mauvais goût vestimentaire.