Ma mère avait épousé, à quinze ans, le mari veuf de sa sœur aînée, morte en mettant au monde un fils qui n'avait vécu que le temps d'obliger à ce mariage impossible : « Il faut Sylvie pour l'élever… » Sylvie avait pleuré un fiancé de son âge, et, veule, incapable de l'audace d'aucune plainte, s'était abandonnée à ce mari qui avait dix-huit années de plus qu'elle et qui se souvenait d'une autre, et maintenant il était mort aussi. Et dans la chambre aux rideaux pâles, les larmes lentes de ma mère coulaient sur son rêve, sa pauvre vie manquée, son fiancé près d'une autre et trois petites filles dans ses bras, maintenant.