La neige gisait épaisse sur le chemin aussi, et sur les champs, car le soleil d'avril n'envoyait entre les nuages gris que quelques rayons sans chaleur et les grandes pluies de printemps n'étaient pas encore venues. Toute cette blancheur froide, la petitesse de l'église de bois et des quelques maisons, de bois également, espacées le long du chemin, la lisière sombre de la forêt, si proche qu'elle semblait une menace, tout parlait d'une vie dure dans un pays austère. Mais voici que les hommes et les jeunes gens franchirent la porte de l'église, s'assemblèrent en groupes sur le large perron, et les salutations joviales, les appels moqueurs lancés d'un groupe à l'autre, l'entre-croisement constant des propos sérieux ou gais témoignèrent de suite que ces hommes appartenaient à une race pétrie d'invincible allégresse.
La soupe aux pois fumait déjà dans les assiettes. Les cinq hommes s’attablèrent lentement, comme un peu étourdis par le dur travail ; mais à mesure qu’ils reprenaient leur souffle leur grande faim s’éveillait et bientôt ils commencèrent à manger avec avidité. Les deux femmes les servaient, remplissant les assiettes vides, apportant le grand plat de lard et de pommes de terre bouillies, versant le thé chaud dans les tasses. Quand la viande eut disparu, les dîneurs remplirent les soucoupes de sirop de sucre dans lequel ils trempèrent de gros morceaux de pain tendre.
D’innombrables moustiques tourbillonnaient dans l’air brûlant de l’après-midi. À chaque instant, il fallait les écarter d’un geste ; ils décrivaient une courbe affolée et revenaient de suite, impitoyables, inconscients, uniquement anxieux de trouver un pouce carré de peau pour leurs piqûres ; à leur musique se mêlait le bourdonnement des terribles mouches noires, et le tout emplissait le bois comme un cri sans fin.