Lorsque Monsieur le Maréchal me prit avec lui, il me rendit un bien grand service, car alors je comptais ma vie pour si peu de chose, que j'aurais été trop heureuse de la perdre. Je passai le trop fameux pont de la Bérézina une heure avant le désastre ; il fut horrible. Cette petite rivière était tellement encombrée de morts que l'on passait à cheval et même à pied par-dessus. Ce qui a péri d'hommes, de femmes, d'enfants, de chevaux, est incalculable. Les militaires, le sabre à la main, renversaient tout pour se faire un passage. La glace était trop prise pour passer à la nage, et trop peu pour traverser à pied. Lorsqu'on avait le malheur de tomber, on restait pris comme dans un étau ; et les chevaux, les caissons, les voitures, retombaient par-dessus ceux qui étaient arrêtés.