Chaque fois que le père Mathieu avait quelque pièce d'or à ajouter à son trésor, il attendait une nuit sombre et s'en allait au pied du chêne où, à la lueur d'une lanterne sourde, il comptait son argent en tremblant de peur, et d'affection aussi ; car il aimait ce trésor comme on aime sa famille, son pays, sa mère, tout ce qu'on a de plus cher au monde. Un soir donc, à genoux au pied du chêne, il venait de compter, en tremblant, son or, le caressant de la main comme on eût fait à un enfant, et pensant que s'il se fût marié, sa femme aurait dépensé pour se nourrir et se vêtir, qu'il eût fallu élever ses enfants, que tout cela coûte horriblement, et qu'en restant seul il avait pu entasser. Il regrettait seulement de ne pouvoir vivre sans manger.