J'ai reçu deux de vos lettres, mon cousin. Dans l'une vous me contez votre vie, et de quelle manière vous vous divertissez. Je trouve que vous avez une très bonne compagnie, et que vous faites un très bon usage de tout ce qui peut contribuer à vous faire une société agréable ; et si nous étions dans un règne moins juste que celui-ci, on pourrait bien vous changer un exil que vous rendez trop agréable, comme on fit à un Romain. On apprit qu'il passait la plus douce vie du monde dans une île où il était exilé ; on le rappela à Rome, et on le condamna à y vivre avec sa femme.
Paris, dimanche douze janvier mille-six-cent-cinquante-quatre. Je suis agréablement surprise de votre souvenir, monsieur, il y a longtemps que vous aviez retranché les démonstrations de l'amitié que je suis persuadée que vous avez toujours pour moi. Je vous rends mille grâces, monsieur, de vouloir bien les remettre à leur place, et de me témoigner l'intérêt que vous prenez à mon retour et à ma santé. Mon grand voyage, dans une si rude saison, ne m'a point du tout fatiguée et ma santé est d'une perfection que je souhaiterais à la vôtre. J'irai vous en rendre compte, monsieur, et vous assurer qu'il y a des sortes d'amitié que l'absence et le temps ne finissent jamais. La marquise de Sévigné.