En septembre mille-neuf-cent-quatre-vingt-cinq, notre premier enfant est né. C'était un garçon. Le bonheur qui accueillit l'arrivée de Mathieu eut pour Philippe, qui le partageait, des résonances inaperçues en surface, comme une mine explosant au fond des eaux. Je ne l'ai compris que plus tard : séparé par la distance, d'un frère évanoui qu'il n'avait retrouvé qu'en s'installant lui-même à Paris, Philippe se voyait opposer par le destin un être né de moi, un tiers inconnu qui occuperait dès l'origine le lieu de l'amour. Mathieu était mon fils, et lui seul l'était. Que je fonde une famille, comme l'on dit, donnait à Philippe le sentiment que je répudiais celle où j'avais vécu avec lui depuis vingt-cinq ans. Tout cela n'a rien d'aventuré : Philippe m'a parlé, ainsi qu'à d'autres, de ce sentiment d'éviction.