Approcher la Reine nécessite un grand doigté. Pas question de lui remettre une carte de visite comme un marchand d’aspirateurs ou de tendre spontanément la main. Il convient de se trouver comme par hasard sur son passage et de s’efforcer de capter l’attention du chef du protocole qui la guide parmi les invités. Les dames de compagnie dispersées dans la salle peuvent également indiquer au maître de cérémonie une personne d’intérêt. L’organisation est remarquable, le service d’ordre est très discret et les collaborateurs se montrent courtois, avenants et retenus dans leurs propos. La Reine ne doit pas se présenter. Il ne manquerait plus que les plébéiens ignorent qui est la souveraine la plus photographiée de la planète !
La difficulté de saisir la personnalité profonde d’Elizabeth II tient essentiellement à un protocole rigide, antédiluvien et poli au cours des siècles. Une chemise de fer destinée à protéger cette femme, qui peut être attentionnée et drôle, mais doit rester un mystère pour préserver la magie de l’institution. Faute de quoi, le Trône risque de devenir une chaise. C’est pourquoi il n’est jamais question de transiger avec ce qu’impose le rang. Elizabeth II reste fidèle en tout point aux préceptes du constitutionnaliste du dix-neuvième siècle, Walter Bagehot, pour qui « le respect mythique et l’allégeance religieuse sont les rouages essentiels d’une vraie monarchie ». Dès lors, la manière d’échanger quelques mots avec la reine d’Angleterre est tout un art.