De nombreux sentiers rayonnaient autour du col. Ils en prirent un qui s’enfonçait dans la forêt. Alexandre faisait couler entre ses doigts la terre tantôt rougeâtre, tantôt blonde. Avec lui, elle redécouvrait, avec des yeux neufs, la nature et ses merveilles. Il lui faisait respirer le thym et le romarin ou encore la lavande sauvage ; admirer les hauts rochers découpés dans les coulées de lave, intercalés dans les conglomérats gris, roses et verts. Parfois, presque à leurs pieds, un lapin s’enfuyait. Des moutons, plus loin, escaladaient lentement le flanc des montagnes, surveillés par un berger taciturne ; au-dessus d’eux, des oiseaux de mer tournoyaient dans un ciel blanc à force d’être bleu et déchiraient l’air transparent de leurs cris.
Violaine ne savait pas comment elle avait pu remonter à la surface. Cela n’avait duré qu’une poignée de secondes, sans doute, mais elle avait réussi à aspirer une bouffée d’air avant de couler à nouveau. Durant les quelques instants hors de l’eau, la fillette avait cru entendre quelque chose, comme un cri plaintif, mais la mer l’avait aussitôt reprise et ne la laisserait plus lui échapper. L’enfant lutta encore, revoyant en un éclair le joli visage de sa maman, le sourire de son père… Sa dernière pensée, tandis qu’elle sombrait dans un monde obscur, fut pour l’Océan. Elle le prenait pour son grand ami, avant… Elle aimait le contempler, perchée sur les épaules de son père lors de leurs promenades. Chaque jour avec François, elle ne craignait pas de patauger dans ses larges flaques où ils s’amusaient à pêcher des crevettes. Une douleur à la jambe ranima Violaine. Puis ce fut son épaule que des dents mordillaient. Quelque chose l’entraînait. La fillette s’abandonna.