Moi, la chèvre, je suis le surplus du troupeau et je m'ennuie avec ces gens de tout repos qui font tout bonnement tous une même chose. Je m'ennuie à mourir sur ce chemin morose. Je n'aime pas (j'en ai le cerveau courbatu) marcher en foule ainsi sur un terrain battu, je n'aime pas brouter l'herbe déjà tondue, ce petit foin sans aucun goût, sans aucune fleur inattendue. Aussi dès que le pâtre en son grand manteau bleu rempli de vent, cherche l'espace et rêve un peu, je m'échappe, je cours à travers la campagne ; je bondis pour trouver un peu de la montagne, je grimpe à des talus très hauts des chemins creux.