Les dictées issues des œuvres deMarie-Sabine Roger
2 dictéesTextes de Marie-Sabine Roger
J'expérimente la vie à l'hôpital. On m'en avait parlé, je constate par moi-même. À peine admis ici, on a tout de suite envie de repartir chez soi, comme les chiens qui tirent sur la laisse pour faire demi-tour quand ils arrivent chez le vétérinaire. Je me sens clébard, la croupe basse et le poil terni. Je veux ma gamelle, ma couverture, mon os à mâcher, mon panier. Je veux rentrer. En plus, je ne supporte pas les odeurs d'hôpital. Ça ne sent pas le propre, ça sent le désinfectant, les produits de nettoyage aux parfums hypocrites pour masquer les oublis, les petites horreurs. Ça ne sent pas la cuisine (le pot-au-feu mijoté) ça sent la bouffe de cantine. Même le café n'a pas la bonne odeur. Et dans la tasse, il avoue clairement sa faiblesse, c'est un noir délayé, réchauffé, décevant.
Sans me vanter, vers les six ou sept ans, j'avais déjà tâté pas mal de choses, pour ce qui est des délits interdits par la loi. Vol à l'arraché, viol, extorsion de fonds… Question viol, j'avais roulé une pelle à Marie-José Blanc. Elle serrait les dents, je n'étais pas allé loin. C'est l'intention qui compte. Le vol à l'arraché, c'était le samedi après le match de rugby : je taxais le goûter des plus petits que moi. Je les baffais, peinard, au chaud dans les vestiaires. J'en épargnais un, quelquefois. J'ai un côté Robin des Bois. Pour l'extorsion, demandez à mon frère. Il me citait toujours comme exemple pourri à ses gamins, quand ils étaient petits. Devenez pas comme votre oncle, ou vous aurez affaire à moi. Pour ma défense, je dirais que s'il n'avait rien eu à se reprocher, il n'aurait pas raqué toute sa tirelire. Pour faire chanter les gens, il faut une partition. On m'appelait « la Terreur ». Je trouvais ça génial. Je me sentais promis à un grand avenir !