Je me rappelle qu'il faisait très froid. Mais il faisait aussi très beau. Le ciel était pâle et net, avec au milieu du jour, les jeux fantastiques de la lumière du soleil. Comme pour se moquer du froid, l'astre se triplait ou se quintuplait de deux ou de quatre autres images, placées sur un ou deux diamètres, les reliant à lui-même par des croix de Malte lumineuses, les circonscrivait d'un cercle fait de fragments d'arc-en-ciel, merveilleusement ressoudés l'un à l'autre, faisait chatoyer les couleurs du prisme, les jetait vers la terre l'une après l'autre, et, jonglant avec elles, les relançait vers ce point mystérieux du zénith où leur arrivée simultanée recomposait brusquement la lumière blanche. C'était à la fois féerique et ironique. Une fête de la lumière, une fête à laquelle on était convié par quelque quarante-cinq degrés au-dessous de zéro.