Ce jour-là, il repiqua des poireaux. Il les comptait au fur et à mesure qu'il enterrait dans le sol leurs racines blanches. Et il ne s'ennuyait pas. Il ne pensait à rien qu'à son travail, cependant. Mais cette vie végétative, ce repliement sur lui-même, le reposait, le changeait de la perpétuelle tension quotidienne. Et quand il eut achevé son parc de poireaux, il alla s'allonger dans l'herbe, au pied d'un de ses amis les grands arbres, et il ne bougea plus, il laissa courir sa pensée à la traîne des grands nuages d'ouate qui découpaient sur le bleu vif du ciel la blancheur de leurs cimes de neige.