Quand Berty avait une idée en tête, rien ne pouvait l'arrêter. Durant l'hiver elle fit plusieurs voyages à Sainte-Maxime afin d'imposer ses vues. Je ne sais pas comment cet homme a résisté à un tel harcèlement ! Je pense que c'était la première fois que quelqu'un osait s'opposer à lui avec tant de vigueur, et de surcroît une femme ! Cela l'agaçait et le déroutait beaucoup, mais en même temps, il éprouvait de l'admiration pour cette ténacité. Il reconnaissait aussi qu'il avait devant lui une personne intelligente, dont certaines idées devaient être prises en compte, même si ce n'était pas lui qui les avait eues ! Et puis, il avait du mal à résister à cette jolie femme pleine de vivacité et d'humour. Leurs entretiens, souvent houleux, se terminaient toujours dans de grands éclats de rire.
Il n'y avait pas beaucoup de constructions dans le domaine de Beauvallon. Notre maison, construite loin de tout, était entourée de pins maritimes, de chênes-lièges et de toute une végétation méditerranéenne où proliféraient nombre d'insectes, à la grande joie de mon frère. Ces charmantes bestioles entraient dans la villa, en particulier les scorpions qui aiment l'ombre et l'humidité. Il y en avait des noirs et des blancs de tailles diverses, dont les piqûres étaient toujours douloureuses, parfois dangereuses. Maman nous avait dit de bien regarder où nous mettions les pieds, et de secouer nos chaussures avant de les enfiler, parce que les scorpions s'y plaisaient beaucoup ! Parfois on en voyait grimper le long des murs ; papa ou maman les écrasait d'un coup de torchon mais lorsque mon frère se trouvait là, il les attrapait à la main, et les enfermait dans de petites boîtes prévues à cet effet !