Les dictées issues des œuvres deMme Mallès de Beaulieu
4 dictéesTextes de Mme Mallès de Beaulieu
Je vis avec grand plaisir le retour des beaux jours. L'effet qu'avaient produit sur ma plantation les quatre mois et demi de l'hiver me causa un grand plaisir. Les arbres avaient considérablement grandi ; les plantes grimpantes en atteignaient le sommet, et le tout lié ensemble défendait aussi bien mon jardin qu'un mur en maçonnerie. Tout ce que j'avais semé ou planté prospérait : le riz était superbe ; les fraises en fleur ressemblaient à des flocons de neige ; les cannes à sucre profitaient à merveille ; tout était riant et animé dans ce joli enclos. Une multitude d'oiseaux, attirés par la fraîcheur du lieu et la nourriture abondante qu'ils y trouvaient, cherchaient sur les arbres des places commodes pour y construire leurs nids.
Madame Gélin, trouvait, par l'ordre qui régnait dans son ménage, et les privations qu'elle savait s'imposer, la faculté d'être utile aux malheureux. Clémentine, depuis qu'elle vivait auprès d'elle, était la dispensatrice de ses libéralités ; on était alors à cette époque désastreuse où une disette factice désolait la France. Des familles entières, consumées de besoins, suppléaient au pain qui leur manquait, par des aliments malsains qui achevaient de détruire leurs forces et leur santé. Quel vaste champ pour l'active charité de nos deux amies ! Clémentine, parcourait les environs de la ville, visitait les chaumières les plus misérables, et, chargée de quelques petits pains, qu'il fallait encore cacher soigneusement, distribuait ce soulagement suivant le besoin de chaque famille.
L'abbé Ducosquer eut à cette époque la satisfaction de revoir un neveu qui lui était très cher, et que les circonstances l'avaient fait perdre de vue depuis six ans. Monsieur Désessards arrivait de l'armée ; c'était un homme de quarante ans, d'une physionomie noble et spirituelle ; sa taille était fort belle, et les qualités de son âme répondaient à ces avantages extérieurs. Privé de bonne heure de ses parents, son oncle avait formé sa jeunesse ; les vertus qu'il possédait étaient fondées sur des principes solides ; aussi avaient-elles résisté aux orages de la révolution. Dans ce choc d'opinions contraires, il avait su se concilier l'estime de tous les partis, par une conduite constamment honnête et respectable.
Je me suis principalement attachée à combattre des défauts qu'il me semble que jusqu'ici on a trop négligé d'attaquer. La médisance n'est-elle pas un vice affreux, puisqu'elle porte le trouble dans la société, détruit la paix des familles, opprime souvent l'innocence et peut faire perdre l'honneur, les biens et la vie ! Les jeunes personnes ne sont que trop portées à s'entretenir des absents, et malheureusement elles trouvent dans les personnes d'un âge mûr l'exemple dangereux de ce défaut. Quelles sont les sociétés où l'on ménage la réputation du prochain ? Elles sont aussi rares que précieuses, et seraient pour la jeunesse la meilleure de toutes les écoles.