La veuve pleurait. Elle devait cinq-cents dollars à la banque et sa petite ferme allait être saisie. Déjà, elle croyait entendre le bruit des sabots du cheval de son créancier. Le sympathique étranger qui s'était arrêté chez elle, pour un repas chaud, s'émut devant ses sanglots. Il lui donna les cinq-cents dollars, lui recommanda d'exiger une quittance et partit. Ainsi, la ferme était sauvée, mais le banquier ne garda pas longtemps les cinq-cents dollars. Il en fut délesté sur le chemin de retour par un voleur de grand chemin : le sympathique étranger, Jesse James. L'histoire de la veuve a été dite et redite. Elle aurait même été certifiée par Frank James (frère et complice de Jesse), hypocrite grandiloquent, maniaque des citations de la Bible et de Shakespeare qu'il étudiait entre deux hold-up.
Norton, intelligent et rusé, fit rapidement fortune dans l'immobilier et l'importation. Mais, quelques années plus tard, il fut ruiné dans une malheureuse affaire de céréales : ce désastre financier lui fit perdre la raison. C'est alors qu'une obsession prit corps dans son esprit malade : il décida qu'il était Norton Ier, empereur des États-Unis. Les citoyens de San Francisco furent amusés par ce petit homme ridicule qui s'était arrogé les titres ronflants d'empereur des États-Unis et de protecteur du Mexique. Bientôt, ce fut une plaisanterie courante que de lui envoyer des télégrammes signés de chefs d'État, et de publier des proclamations fantaisistes portant son nom. Il était entré de plain-pied dans le panthéon des farfelus qui, à leur manière, contribuèrent à forger la formidable légende de l'Ouest.