C'est l'excuse que je sors à chaque fois que je réponds au téléphone pour être sûre que la conversation ne s'éternise pas. Ce n'est pas méchant, c'est juste que je déteste répondre au téléphone. Et ce n'est pas juste à cause des ondes et de tous ces trucs qui me font peur quand l'iPhone devient tout chaud contre mon oreille. Non, c'est quelque chose de beaucoup plus profond et que je n'aurais jamais pu anticiper. Ma mère non plus, d'ailleurs. Je me souviens des heures que j'ai pu passer sur le téléphone fixe avec le fil qui traîne du salon jusqu'à ma chambre, je me souviens de mon premier Nokia 3210, auquel j'étais aussi attachée qu'à un doudou et qui passait ses nuits sous mon oreiller avec moi, je me souviens aussi de mon premier hors forfait et de l'énorme colère de ma mère : « Sept heures de hors forfait ? Mais qu'est-ce qu'on a à se raconter pendant sept heures quand on a quinze ans ? » Je me pose encore la question, à croire qu'on a une vie plus palpitante quand on est adolescent.