Les dictées issues des œuvres deOscar Wilde
8 dictéesTextes de Oscar Wilde
Là-haut, dans sa chambre, Dorian Gray gisait sur un sofa, la terreur dans chaque fibre frissonnante de son corps.
Peut-être n’est-on jamais plus à l’aise que lorsqu’on a quelque comédie à jouer.
Ses yeux tombèrent sur le livre jaune que lord Henry lui avait envoyé.
Ses yeux tombèrent sur le livre jaune que lord Henry lui avait envoyé. Il se demanda ce que c’était. Il s’approcha du petit support octogonal aux tons de perle qui lui paraissait toujours être l’œuvre de quelques étranges abeilles d’Égypte travaillant dans de l’argent ; et prenant le volume, il s’installa dans un fauteuil et commença à le feuilleter ; au bout d’un instant, il s’y absorba. C’était le livre le plus étrange qu’il eût jamais lu. Il lui sembla qu’aux sons délicats de flûtes, exquisément vêtus, les péchés du monde passaient devant lui en un muet cortège. Ce qu’il avait obscurément rêvé prenait corps à ses yeux ; des choses qu’il n’avait jamais imaginées se révélaient à lui graduellement.
Un cri d'épouvante jaillit des lèvres du peintre, lorsqu'il vit à la faible lueur de la lampe, la hideuse figure qui semblait grimacer sur la toile. Il y avait dans cette expression quelque chose qui le remplit de dégoût et d'effroi. Ciel ! Cela pouvait-il être la face, la propre face de Dorian Gray ? L'horreur, quelle qu'elle fût cependant, n'avait pas entièrement gâté cette beauté merveilleuse. De l'or demeurait dans la chevelure éclaircie et la bouche sensuelle avait encore de son écarlate. Les yeux boursouflés avaient gardé quelque chose de la pureté de leur azur, et les courbes élégantes des narines finement ciselées et du cou puissamment modelé n'avaient pas entièrement disparu. Oui, c'était bien Dorian lui-même. Mais qui avait fait cela ? Il lui sembla reconnaître sa peinture, et le cadre était bien celui qu'il avait dessiné.
Là-haut, dans sa chambre, Dorian Gray gisait sur un sofa, la terreur dans chaque fibre frissonnante de son corps. La vie lui était devenue subitement un fardeau trop lourd à porter. La mort terrible du rabatteur infortuné, tué dans le fourré comme un fauve, lui semblait préfigurer sa mort. Il s’était presque trouvé mal à ce que lord Henry avait dit, par hasard, en manière de plaisanterie cynique. À cinq heures, il sonna son valet et lui donna l’ordre de préparer ses malles pour l’express du soir, et de faire atteler le brougham pour huit heures et demie. Il était résolu à ne pas dormir une nuit de plus à Selby Royal ; c’était un lieu de funèbre augure. La mort y marchait dans le soleil. Le gazon de la forêt avait été taché de sang.
D’un coin du divan fait de sacs persans sur lequel il était étendu, fumant, selon sa coutume, d’innombrables cigarettes, lord Henry Wotton pouvait tout juste apercevoir le rayonnement des douces fleurs couleur de miel d’un aubour dont les tremblantes branches semblaient à peine pouvoir supporter le poids d’une aussi flamboyante splendeur ; et de temps à autre, les ombres fantastiques des oiseaux fuyants passaient sur les longs rideaux de tussor tendus devant la large fenêtre, produisant une sorte d’effet japonais momentané, le faisant penser à ces peintres de Tokyo à la figure de jade pallide, qui, par le moyen d’un art nécessairement immobile, tentent d’exprimer le sens de la vitesse et du mouvement. Le murmure monotone des abeilles cherchant leur chemin dans les longues herbes non fauchées ou voltigeant autour des poudreuses baies dorées d’un chèvrefeuille isolé, faisait plus oppressant encore ce grand calme.
Les veines de ses tempes palpitaient fébrilement et il était dans un état de sauvage excitation, mais l’élégante révérence qu’il eut vers la main de la maîtresse de la maison fut aussi aisée et aussi gracieuse qu’à l’ordinaire. Peut-être n’est-on jamais plus à l’aise que lorsqu’on a quelque comédie à jouer. Certes, aucun de ceux qui virent Dorian Gray ce soir-là, n’eût pu imaginer qu’il venait de traverser un drame aussi horrible qu’aucun drame de notre époque. Ces doigts délicats ne pouvaient avoir tenu le couteau d’un assassin, ni ces lèvres souriantes blasphémé Dieu. Malgré lui il s’étonnait du calme de son esprit et pour un moment il ressentit profondément le terrible plaisir d’avoir une vie double.
Dictées gratuites de Oscar Wilde
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Source : Le portrait de Dorian Gray
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