J'ouvre les rideaux et le jardin m'apparaît. Il me bouleverse à cette saison, quand le printemps s'épaissit déjà dans la menace de l'orage et le volume des grands feuillages. Un saule épanche ses branches floues, douchées de rosée. Le soleil fait miroiter les gouttes. De cette chevelure émane une impression de moelleux, de tiédeur et de brillance. Partout s'imbriquent et foisonnent les frondaisons. Un marronnier énorme et rose lance ses brassées de chandelles, cônes vifs, dardés en bouquets. Et les chênes, les platanes, les noisetiers, les troènes, les charmes, les peupliers roulent dans cet écheveau où les tons voyagent et s'enchâssent. Puzzle confus que le vent remue. Le ciel est tiède, nébuleux avec des traces d'azur. Tout est brouillon, mêlé, chaud et humide. La pluie s'égrène dans une phosphorescence de soleil. Des odeurs de lilas, de glycines, d'aubépines dérivent par bouffées.