Nous habitions au-dessus d'une sorte de magasin dont papa baissait, chaque soir, à sept heures, le rideau de fer. Cela ressemblait au local des gares de province où l'on consigne et où l'on expédie les bagages. Il y avait toujours des caisses et des paquets empilés les uns sur les autres. Et une balance, dont le vaste plateau, au ras du sol, était fait pour supporter des poids importants, puisque son cadran indiquait jusqu'à trois-cents kilos. Je n'ai jamais rien vu sur le plateau de cette balance. Sauf papa. Aux rares moments où Monsieur Casterade, son associé, était absent, papa se tenait immobile et silencieux au milieu du plateau de la balance, les mains dans les poches, le visage incliné. Il fixait d'un regard pensif le cadran de la balance, dont l'aiguille marquait (je m'en souviens) soixante-sept kilos.