Tout le monde travaillait : hommes, femmes et enfants. Chacun, individuellement dans son jardin ou collectivement en plein champ, cultivait avec soin et énergie un potager plus ou moins grand selon ses moyens et les bras disponibles. On vivait donc chichement, sans hiérarchie sociale et solidairement, même si on se chamaillait beaucoup et si on chicanait pour un rien. L'argent ne circulait presque pas, le coup de main était la monnaie d'échange. Outre les propriétaires, il y avait une vingtaine d'ouvriers agricoles, des sans-terre, ne possédant rien d'autre que leur petite maison construite de leurs mains. Ils se louaient le plus souvent à la saison, émigrant l'hiver dans des régions plus nourricières, laissant au village femmes et enfants. Il se disait que les paysans du Champsaur étaient les plus pauvres de la nation.